Villers-Buzon (2004) « Nicolas Vernot



Villers-Buzon (2004)

villers-buzon

Les armoiries de Villers-Buzon, composition de Nicolas Vernot

Les armoiries de Villers-Buzon ont été adoptées à l’unanimité par le conseil municipal le 2 juillet 2004.

BLASONNEMENT

D’argent au sautoir de gueules chargé d’un second sautoir alésé et écoté d’or, à l’écusson d’azur au lion d’or brochant en abîme sur le tout.

Supports : deux pampres d’or fruités chacun d’une pièce de gueules.

Devise : « oultre bois »

SYMBOLIQUE

1. Pourquoi la croix de saint André ?

Les croix de saint André sont nombreuses dans le village, où l’on en décompte pas moins de trois. Leur riche symbolique justifie leur présence sur les armes de Villers-Buzon.

Deux marques d’attachement et de fidélité au comté de Bourgogne et à ses souverains

Une pierre et une plaque de cheminée rappellent, à leur manière, la Franche-Comté des ducs de Bourgogne, de Charles Quint et des rois d’Espagne.

Deux témoignages anciens

La première apparaît gravée sur une pierre en remploi qui sert aujourd’hui de socle à la statue de Jeanne d’Arc qui orne la petite place en contrebas de l’église. L’accolade soulignée d’une torsade ornant la partie inférieure de cette pierre indique qu’elle servait de couverte à une niche ou une petite fenêtre datant probablement de la fin du XVe siècle ou du siècle suivant ; elle provient de la maison du chasal Poncet, à gauche de la vieille fontaine. L’accolade est surmontée à droite par une rosace tracée au compas et à gauche par une croix de saint André. D’après la tradition médiévale, c’est sur une croix en forme de X que saint André aurait été supplicié. Faut-il en déduire que cette niche abritait une statue de saint André ? Pas nécessairement. En effet, les statues médiévales tardives de ce saint le montrent systématiquement accompagnées de l’instrument supposé de son supplice, comme on le voit par exemple sur le retable de la fin du XVe siècle conservé à l’église de Mercey. Il n’était donc pas nécessaire de répéter ce symbole sur la niche. D’autre part, la rosace n’est pas un attribut de saint André : c’est donc ailleurs qu’il faut rechercher l’origine de la présence de cette croix.

La seconde croix de saint André orne la plaque de cheminée de la maison Maurivard, probablement ancien logis du seigneur ou d’un de ses officiers. La taque n’est pas datée. Toutefois, sa forme comme le style de la cheminée de pierre dans laquelle elle s’insère parfaitement - ce qui prouve que plaque et cheminée sont contemporaines - indiquent une construction du XVIe siècle ou du début du siècle suivant. Sans écarter sa dimension symbolique évidente, il est probable que l’ample croix de saint André qui barre la superficie de la plaque ait aussi servi à en renforcer la résistance.

En Franche-Comté, la croix de saint André est un motif extrêmement fréquent sur les plaques de cheminées, et elle n’est pas rare non plus sur les linteaux. L’histoire de ce symbole permet d’en comprendre la présence à Villers-Buzon.

Origine et symbolique de la croix de saint André

La croix de saint André fait partie de l’emblématique des ducs de Bourgogne depuis Jean Sans Peur (1404-1419). Son fils Philippe le Bon, en plaçant en 1429 son Ordre de la Toison d’Or sous l’invocation de saint André, fera un usage abondant de cette croix qui ne quittera plus l’emblématique des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs : de l’embouchure du Rhin à la vallée de la Saône, les possessions ducales se couvrent de croix de saint André, adoptant souvent la forme de deux bâtons écotés - c’est à dire émondés - rouges passés en sautoir. Lorsque Charles le Téméraire trouve la mort devant Nancy en 1477, la croix de saint André devient « le signe de ralliement de ceux qui demeurèrent fidèles à l’orpheline », sa fille Marie de Bourgogne. La mariage de cette dernière à l’empereur Maximilien fait passer la croix dans le domaine des Habsbourg, en même temps que le comté de Bourgogne lui-même. La croix de Bourgogne suivra les destinées de l’empire de Charles Quint : après son abdication en 1556, elle sera l’emblème à la fois des empereurs germaniques et des rois d’Espagne.

Les habitants du comté de Bourgogne considèrent cet emblème comme la preuve tangible que l’Empereur se rattache à la lignée de leurs comtes. Son utilisation fréquente tant dans les armoiries que sur les monuments atteste qu’en Franche-Comté, la croix de saint André est devenue un véritable emblème patriotique, et les tensions croissantes avec la France ne feront qu’intensifier son usage. Certes, les Comtois ne sont pas les seuls à faire usage de cette croix : les étendards des troupes flamandes puis espagnoles en sont frappées, et sur toute l’orbe terrestre, les sujets des Habsbourg expriment leur loyauté dynastique par l’apposition de cette croix en des supports variés. Mais pour les Comtois, arborer la croix de saint André est non seulement une marque de fidélité aux Habsbourg mais c’est aussi pour eux le moyen de rappeler qu’ils sont Bourguignons, à une époque où leurs voisins du duché de Bourgogne ne sont plus « que » Français, sentiment confirmé par la disparition quasi totale de la croix de saint André en duché de Bourgogne.

On ne s’étonnera donc pas de constater son extrême fréquence sur les plaques de cheminées comtoises : un tiers des taques fondues entre 1556 et la Conquête Française est orné de la croix de saint André, figure qui apparaît également aux frontières de la Franche-Comté (bornes, ponts), aux portes des villes, sur les linteaux des maisons, sur les armoiries. Des villes frontalières du comté comme Jussey ou Jonvelle font le choix, dès le XVIe siècle, de placer une croix de saint André dans leurs armes ; à Clerval, elle est évoquée par les deux clefs passées en sautoir et chargées d’un briquet.

A Villers-Buzon, ces deux croix de saint André marquent donc l’attachement des habitants du village au comté de Bourgogne et à ses princes. Leur présence sur le projet d’armoiries communales s’inscrit dans des traditions tant locales qu’héraldiques vieilles d’un demi-millénaire.

Une présence seigneuriale

Bien que les racines emblématiques de la troisième croix de saint André soient probablement communes avec les précédentes, elle n’en possède pas moins une évolution distincte qui mérite d’être présentée.

Le portail latéral nord de l’église du village est surmonté d’un écu orné d’un sautoir écoté et alésé - c’est à dire aux branches respectivement émondées et raccourcies - , timbré d’un heaume dont les lambrequins retombent de part et d’autre de l’écu. Le style de cette sculpture non datée paraît indiquer le début du XVIIe siècle.

Le heaume orné de lambrequins montre qu’il s’agit d’armoiries familiales, et interdit par conséquent de penser, comme pour les deux cas précédents, qu’il s’agisse d’une allusion directe aux Habsbourg ou au comté de Bourgogne. La présence de cette pierre armoriée au-dessus du portail latéral de l’église laisse à penser qu’elle marquait une ancienne chapelle seigneuriale. Les armes qui les ornent sont connues : elles appartiennent à la famille de Saint-Claude. Les émaux nous sont donnés par un vitrail de l’église de Courchapon datant vraisemblablement du XVIe siècle : de gueules au sautoir écoté d’or. Au sol de la même église, la pierre tombale d’Othenin de Saint-Claude (1557) et de son fils Jean (1585) donnent les mêmes armes, à la différence près que le sautoir n’est pas alésé comme à Villers-Buzon ; cette variante n’a probablement pas de sens particulier.

Quelle signification donner à ces armes ? Les Saint-Claude ne sont pas la seule famille comtoise à arborer une croix de saint André dans leurs armes : certains serviteurs des ducs de Bourgogne puis de leurs successeurs ont été distingués par des lettres d’anoblissement les autorisant à porter cet emblème dynastique dans leurs armes. Tel est le cas, par exemple, de Jean Maçon, prévôt de Faucogney, anobli par Charles le Téméraire en 1474, dont les armes étaient parti d’or et d’argent, au sautoir engrêlé de gueules brochant sur le tout. Toutefois, on ne trouve nulle part la trace d’un anoblissement de la famille de Saint-Claude par les ducs ; il semble que ce soit davantage le contexte emblématique local qui ait amené les sires de Saint-Claude à se doter d’armoiries de gueules au sautoir écoté d’or.

Originaire de Savoie, la famille de Saint-Claude s’installe en Franche-Comté à la fin du XVe siècle. La présence du caveau familial à Courchapon laisse à penser que cette localité a pu être leur premier lieu d’accueil. En 1485, Louis de Saint-Claude, écuyer, acquiert des mains d’Henri d’Orsans un fief à Lantenne qui, désormais, portera son nom. Si la famille de Saint-Claude demeure sentimentalement attachée à Courchapon où elle continue à se faire inhumer, elle ne manque pas de se faire bâtir à Lantenne un manoir qui subsiste toujours, élégante demeure du XVIe siècle flanquée de deux tours rondes en poivrière.

On ignore si, en Savoie, les Saint-Claude portaient déjà leurs armes au sautoir d’or. Il est frappant au contraire de constater combien elles semblent chercher à s’assimiler au contexte emblématique et aux traditions du comté de Bourgogne : le sautoir écoté évoque bien sûr le comté de Bourgogne qui accueille les arrivants, tandis que la composition n’est pas sans rappeler, par sa simplicité, les armes d’argent au sautoir de gueules de la famille d’Orsans, à qui les Saint-Claude ont acheté leur fief. Il semble qu’on ait donc affaire ici à un phénomène de mimétisme héraldique, marquant, chez une famille étrangère à la province, un réel souci d’intégration par le biais de l’emblématique.

Si pour l’heure les archives n’ont apporté aucune explication de la présence des armoiries de la famille de Saint-Claude à Villers-Buzon, il n’en demeure pas moins que leur écu est un élément intéressant du patrimoine du village.

Le projet d’armoiries communales combine donc la croix de saint André rouge sur fond blanc des ducs de Bourgogne et de leurs héritiers habsbourgeois avec la croix de saint André écotée d’or sur fond rouge de la famille de Saint Claude.

2. Pourquoi le lion ?

Depuis le Moyen Age jusqu’à la fin de l’Ancien régime, Villers-Buzon dépendit en grande partie de la seigneurie de Corcondray. Les armes de la famille de Corcondray étaient d’azur au lion couronné d’or ; le sceau de Guillaume de Corcondray, en 1294, ne porte pas de couronne ; elle apparaît en revanche sur la tombe d’Hugues de Corcondray, inhumé vers 1340 à l’abbaye de Corcelles. Même si ce lion ressemble aux armes comtoises, il a en fait une origine distincte : en effet, les Corcondray font dériver leurs armes de l’écu de sable au lion d’argent ou d’or porté par les sires de Montferrand dont ils étaient une branche cadette, détachée au XIIIe siècle. A cette époque, l’emblème des comtes de Bourgogne n’était pas encore le lion, mais l’aigle. Les sires de Thoraise, également issus des Montferrand au XIIIe siècle, portaient eux aussi des armes dérivées de celles de leurs aînés : de sable à un léopard lionné d’argent (dès 1309). Sur les armes de Villers-Buzon, la couronne, insigne de souveraineté, n’a pas été retenue car le village était une dépendance de Corcondray, et non le chef-lieu de la seigneurie.

Enfin, même si l’origine en est distincte, ce lion d’or sur azur, brochant de surcroît sur une croix de saint André, évoque de manière explicite l’appartenance à la Franche-Comté.

3. Evoquer l’identité rurale de la commune

La composition retenue laisse une large place à la couleur blanche (argent), afin d’évoquer la production laitière. Une croisée des chemins au milieu des pâturages, tel se présente le village vu du ciel ; tel se présente également l’écu avec son sautoir, image d’un carrefour, sur un champ d’argent, image des productions agricoles locales.

Pour rendre plus explicite encore la vocation rurale de la commune, deux pampres de raisins ont été ajoutés. La vigne, autrefois importante, demeure cultivée par quelques passionnés qui maintiennent amoureusement une tradition dont témoignent également les entrées de caves des maisons du village ainsi que quelques lieux-dits comme « le dessus des Vignes ».

Enfin, la devise « oultre bois » est une allusion au site du village, niché au creux de collines boisées. Elle possède une légitimité historique, puisque les terres de Villers-Buzon, dépendantes de la seigneurie de Corcondray, elle-même vassale de la puissante seigneurie de Montferrand, étaient autrefois qualifiées d’ « oultre bois ». Enfin, on peut y voir une allusion au plus aimé des souverains de la Franche-Comté, Charles Quint, dont la devise « plus oultre » accompagnait les croix de saint André héritées de sa grand-mère.

En combinant les héritages du passé et les réalités du présent, cette composition illustre ainsi les continuités constitutives de l’identité du village.

SOURCES

[coll.] Dictionnaire des communes du département du Doubs, 6 t. VI, Besançon, 1982-1987.

Jean GARNERET, Villers-Buzon. Le présent d’un village, Besançon, 1985.

Jules et Léon GAUTHIER, Armorial de Franche-Comté, Paris, 1911.

Roger de LURION, Nobiliaire de Franche-Comté, Besançon, 1890.

Jean-Tiburce de MESMAY, Dictionnaire historique, biographique et généalogique des anciennes familles de Franche-Comté, s.l.n.d.

Nicolas VERNOT, « Sentiment d’appartenance et loyautés dynastiques dans la Franche-Comté de Louis XIV : le témoignage emblématiques des plaques de cheminées et de l’Armorial général », dans Mémoires de la Société d’Emulation du Doubs, nouvelle série n° 44, 2002, p. 13-71.

Archives départementales du Nord, B 2223, 2230 et 19100 (pièce 42477) : légitimation des enfants de Louis de Saint-Claude et d’Anne de Tournemine (1511-1515).