Velesmes-Essarts (2001) « Nicolas Vernot



Velesmes-Essarts (2001)

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Les armoiries de Velesmes-Essarts, composition de Nicolas Vernot

Contacté par une élue en juillet 2001 afin de déterminer pour la commune des armoiries véritables, je me trouve alors confronté à deux projets précédemment établis. Peu conformes aux règles et à l’esprit de l’héraldique, ils ne peuvent être conservés en l’état.

Pour autant, l’un d’eux retient toute mon attention. En effet, il était intéressant en tant que fruit d’une réflexion au niveau local : les trois éléments choisis (grappe de raisin et deux fontaines, l’une à Velesmes et l’autre au hameau des Essarts-Martin) étaient jugés comme représentatifs par les intéressés, et c’est ce qui sera le point de départ de ma propre composition. Je veux éviter de parachuter des armoiries qui n’évoqueraient rien à ceux qui devront les utiliser.

Ainsi, l’élégance et la représentativité de la fontaine couverte de Velesmes, récemment restaurée, m’amène à la conserver dans les armoiries, sous forme très stylisée comme le sont, par exemple, les tours héraldiques. Je veille toutefois à ce que sa silhouette demeure parfaitement reconnaissable.

L’évocation de la viticulture est plus délicate à traiter : nombreux sont les villages autrefois vignerons qui demeurent attachés à ce patrimoine économique, culturel et sentimental. Or des grappes de raisin, il y en a déjà beaucoup sur les armoiries comtoises. Il faut donc essayer de nouvelles variations sur le thème de la vigne… Un vigneron ? Pourquoi pas, s’il était vêtu comme un vigneron comtois d’antan, à la manière de certains des vieux saints Vernier ou Vincent de nos églises, la serpette d’une main et le raisin de l’autre. Pourquoi ne pas penser également à des outils tels que la serpette ou encore la houe, comme sur les armes séculaires de Champlitte ? Trouver une manière originale de représenter la viticulture n’est pas si simple…

C’est des Essarts-Martin que va venir la solution. Comme son nom l’indique, ce hameau dépendant de Velesmes dérive son nom d’un défrichement, un essart en ancien français… Pourquoi ne pas partir de là ? Il est préférable de ne pas multiplier les figurations de monuments sur un même écu. Je me dis qu’il serait donc possible de représenter les Essarts-Martin par son étymologie.

C’est en voyant un galon doré sur un manteau vert sombre que me vient l’idée qui va structurer la composition finale. Je vais entrelacer un pampre de raisin et une branche de chêne, et les disposer autour de la fontaine. Celle-ci conservera sa prépondérance en étant placée sur un écusson d’or, posé au cœur de l’écu.

Le projet finalisé reprend bien les trois éléments sélectionnés localement, à savoir la viticulture, la fontaine de Velesmes et un élément pour le hameau des Essarts-Martin. Il est adopté à l’unanimité par le conseil municipal le 28 septembre 2001.

BLASONNEMENT

De sinople à l’écusson d’or chargé d’une fontaine composée d’un bassin d’argent surmonté d’un toit à six pans de gueules soutenu par quatre piliers de sable sur des plots d’argent, les deux du milieu brochant sur le bassin, l’écusson accompagné d’une branche de chêne et d’une branche de vigne fruitées d’or, entrelacées en orle.

SYMBOLIQUE

A destination de la mairie, ce projet est accompagné des explications suivantes :

1. La fontaine

La fontaine mérite d’être mise à l’honneur : en effet, lorsqu’elle fut construite en 1821, son installation marqua un progrès important dans l’alimentation en eau du village, auparavant malsaine et à l’origine de nombreuses épidémies. Elle représente donc les bienfaits de l’administration municipale, au service des habitants.

Autrefois lieu de rencontre des villageois, elle symbolise toujours la vie communautaire et sociale des habitants, puisque la revue publiée par le Comité des fêtes et de loisir du village s’appelle « l’Echo de la Fontaine », ce qui montre qu’elle a toujours été perçue comme un élément emblématique du village.

Enfin, son intérêt architectural en fait l’une des plus belles du département.

Pour ces trois raisons, il était donc naturel que cet objet de fierté des habitants figure en place centrale sur l’écu, de manière très stylisée comme il convient sur des armoiries.

2. La branche de vigne

La vigne, toujours cultivée, marque le paysage du village depuis plusieurs siècles.

3. La branche de chêne

Un « essart » désigne à l’origine un terrain défriché. Une branche de chêne, symbole des arbres abattus pour laisser place aux exploitations agricoles, rappelle la fondation du hameau des Essarts Martin.

4. Le sinople (vert)

Couleur de la jeunesse et du renouveau, elle rappelle l’essor démographique du village qui, contrairement à beaucoup d’autres, a vu sa population augmenter considérablement (elle a plus que triplé en trente ans), si bien que les enfants et les jeunes sont nombreux.

5. Le jaune (or)

Il symbolise le dynamisme économique de la commune, assuré notamment dans la zone artisanale.

L’adoption des armoiries par le conseil municipal est suivi d’un léger flottement : des critiques ont été émises à propos de ma composition, et il me faut rassurer les autorités municipales sur le bien-fondé de mes choix. La commune, du reste, avait décidé de passer outre des objections qui, après analyse, se révélèrent injustifiées. Depuis, les armoiries du village sont visibles aussi bien sur le bulletin municipal que sur sa correspondance officielle ou sur le véhicule communal. A tous, elles évoquent l’identité du village, entre tradition et modernité

SOURCES

Dossier « Velesmes-Essarts » (archives de l’auteur).

HAMMERER (André), « Velesmes-Essarts », Dictionnaire des communes du département du Doubs, t. VI, Besançon, 1987, pp. 3302-3304.